SOLEIL CITRON
Peu à peu il s'élève au-dessus de la foret et de l'océan, plus haut, plus chaud. Premières et dernières lueurs allongent le jour. Des cordons de brins vibratiles se déroulent. Serpents d'énergie. Spirales de vies. Va et vient du renouveau. Les semences cosmiques fécondent la terre. C'est la fête du printemps lunaire, des oiseaux, des papillons et des grillons somnolents. La force motrice du vivant s'enroule à celle de l'évolution. Recompositions. Nouvelles combinaisons. Les cellules cryptées mutent. Les codes illisibles s'animent. L'harmonie des flux est rétablie. L'être et la conscience agissent en syntonie. La matière est pensée, le corps régénéré.
Au seuil du cycle des jours grandissant où progresse l'astre dans l'éther onctueusement, un chaud zéphyr y frémit sur les nuées affolées, la dune éblouie s'est fleurie de magie. Des senteurs flottent sur le sable tiédissant estampillé d'empreintes de pas, colorié d'éclats de voix froissées. Au bord du monde la houle s'apaise un instant. Mousse salée, lumière fragmentée. A la lisière d'un secret, d'une promesse de vagues cachées, se dresse scintillant face à l'océan le totem de Pan. Effigie ludique, en bois échoués et branchages flottés, édifiée telle une idole antique, comme une balise delphique, à l'attention des nageurs glisseurs, ces coureurs d'écume vibrants d'ardeur et de douceur.